Pourquoi un héritage familial peut rester silencieux pendant des générations ?
- Joël PARE

- 18 déc. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 déc. 2025

Il existe des silences qui traversent le temps.Des silences lourds, transmis sans mots, mais bien présents dans les gestes, les regards, les colères inexpliquées ou les peurs diffuses.
Dans de nombreuses familles européennes, marquées par la Seconde Guerre mondiale, l’histoire ne s’est pas seulement écrite dans les livres. Elle s’est aussi inscrite dans les corps, les relations, les absences de parole.
Le silence comme héritage familial
Après la guerre, beaucoup ont cru qu’il fallait se taire pour survivre.
Se taire pour reconstruire.
Se taire pour protéger les enfants.
Se taire pour oublier.
Mais le silence n’efface pas les événements. Il les transforme.
Dans certaines familles, on n’a jamais parlé d’un père engagé, d’un grand-père compromis, d’une grand-mère restée seule, d’un oncle disparu, d’un choix moral impossible.
Les enfants ont grandi avec des zones d’ombre, des interdits implicites, des émotions sans explication.
Ce qui n’est pas transmis par les mots se transmet autrement.
La peur de savoir
Pourquoi ces silences durent-ils parfois deux, trois générations ?
Parce que parler, c’est risquer de faire tomber des figures idéalisées.
Parce que savoir, c’est parfois devoir regarder en face des responsabilités, des renoncements, des fautes — ou simplement des souffrances trop lourdes.
Dans certaines familles, poser une question revenait à trahir.
Dans d’autres, le passé semblait définitivement clos, comme si l’ouvrir pouvait tout faire s’effondrer.
Alors les descendants ont appris à ne pas demander.
Mais le corps, lui, se souvient.
Quand le passé refait surface
Souvent, ce sont les petits-enfants - parfois même les arrière-petits-enfants - qui ressentent un malaise diffus :
un sentiment de honte sans cause apparente,
une colère qui ne leur appartient pas vraiment,
une impression de porter un poids invisible.
C’est parfois à l’âge adulte, à l’occasion d’un événement précis, d’une rencontre, d’un livre, d’une archive retrouvée, que les questions émergent enfin.
Pourquoi personne n’a jamais parlé ?Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?Et qu’est-ce que cela a fait à ceux qui ont vécu après ?
Parler n’est pas accuser
Ouvrir la parole ne signifie pas juger.
Ce n’est pas chercher des coupables, ni réécrire l’histoire.
C’est reconnaître que les trajectoires individuelles ont été prises dans une époque, un contexte, des contraintes extrêmes.
C’est accepter que la complexité existe.
Et que la compréhension vaut mieux que le silence.
Chez Rencontre Réconciliation, nous constatons que la parole, lorsqu’elle est accompagnée, sécurisée et respectueuse, permet souvent un apaisement profond — non seulement pour celui qui parle, mais aussi pour ceux qui écoutent.
Créer des espaces pour dire et écouter
Si certains héritages restent silencieux pendant des générations, c’est aussi parce qu’il a longtemps manqué des espaces pour les accueillir.
Aujourd’hui, conférences, témoignages, récits, échanges européens, livres et créations artistiques offrent enfin des lieux où ces histoires peuvent être dites sans peur, sans jugement, sans instrumentalisation.
Parler ne change pas le passé.
Mais cela peut transformer la manière dont il continue à agir dans le présent.
Et vous ?
Avez-vous déjà ressenti qu’une part de votre histoire familiale restait enfouie, sans mots pour la dire ?
Pensez-vous que parler du passé puisse aider à mieux vivre aujourd’hui ?
Les commentaires sont ouverts.
Chaque parole compte.
Chaque écoute aussi.




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